Quand l'économie se met à la portée de tous

Privatine

Privatine

Bonjour Irène, nous sommes heureux de vous rencontrer et que vous ayez accepté cette interview.

Vous êtes journaliste et économiste et vous avez commis avec Olivier de Massy un petit livre de vulgarisation de la situation économique de notre pays.

Ce livre a pour titre « Privatine, la mule qui souffrait d’être trop chargée ».

 

Notre première question : comment vous est donc venue cette idée à la manière de La Fontaine ?

Je cherchais une manière originale et ludique de parler d’un problème sérieux afin de ne pas être trop déprimante... J’avais aussi en mémoire un conte économique et philosophique de Voltaire, « L’homme aux quarante écus » que j’avais cité dans un ouvrage précédent. Il m’a un peu servi de modèle même si bien sûr je ne me compare pas à cet auteur ! Je n’ai pas trouvé dans la littérature beaucoup d’autres exemples, sauf celui d’Harriet Martineau, journaliste et sociologue britannique née en 1802 et morte en 1876. La voie n’était donc pas trop encombrée !

Vous avez ainsi personnifié tous vos personnages et transposé la situation de notre pays dans un territoire imaginaire mais que l’on reconnaît pourtant bien. Comment les avez-vous choisis ?

Oui, je n’ai pu m’empêcher de mettre en scène mon cher Pays Basque avec quelques éléments de la Picardie, une région que je connais un peu. L’idée du « personnage principal », Privatine, est venue de mon co-auteur qui, lors d’échanges sur le sujet, avait imaginé et dessiné une mule surchargée. Les autres sont venus au fur et à mesure que j’écrivais le conte. L’image d’un crapaud à l’air satisfait n’est guère flatteuse pour nos dirigeants mais c’est souvent l’impression qu’ils donnent.

 

Ecrire à quatre mains ne doit pas être chose facile, comment avez-vous procédé avec Olivier de Massy ?

En gros, lui, c’est le scientifique, moi la littéraire ; tous les deux nous sommes aussi économistes de formation. C’est lui qui a conçu l’approche et fait les calculs sur la « compétitivité du travail ». Cela a permis une vue synthétique et des comparaisons entre pays. C’est un apport majeur dans le conte. J’ai beaucoup discuté avec lui de tous les sujets abordés dans le livre, ce « brain storming » est essentiel. Ensuite, j’ai tenu la plume ; c’est plus facile à lire quand le même style est employé au fil des pages.

Entrons maintenant dans le contenu de votre fable. Que cherchez-vous à apporter avec ce petit livre et à quel public vous adressez-vous ?

Je cherche d’abord à démonter que contrairement à ce que prétendent beaucoup (en particulier le précédent gouvernement), les entreprises françaises ne sont toujours pas compétitives et que, même, elles ont perdu du terrain depuis 20 ans. Cela est la cause de notre déficit du commerce extérieur en augmentation, de notre croissance plus faible que les autres pays européens et donc de notre chômage. Valéry Giscard d’Estaing a fait le même diagnostic la veille du premier tour de l’élection présidentielle ! Ce conte s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à la situation économique du pays, le plus largement possible.

Les mécanisme et rouages de l’économie sont inconnus du plus grand nombre, pensez-vous pouvoir attirer vers un sujet bien austère en le rendant plus accessible ?

Mon but était de mettre le projecteur sur la compétitivité des entreprises, véritable « angle mort » du débat économique. Etre simple et pas ennuyeux, c’est ce qui est recherché en aérant la lecture avec les références aux animaux et les dessins. J’utilise la forme dialoguée pour rendre plus vivantes les explications économiques au cœur du sujet, sans formules savantes. Nous nous sommes efforcés de limiter et rendre digestes les quelques chiffres incontournables : deux graphiques comparant trois pays et renvoi d’explications techniques en fin d’ouvrage.

Vous décrivez dans votre ouvrage une situation bien difficile et même en voie d’explosion, que pouvez-vous nous en dire en quelques mots… faciles à comprendre bien entendu !

Aujourd’hui encore, le discours politiquement correct explique, par exemple, que « La productivité de la France est l’une des plus fortes » ou encore que « notre coût horaire du travail n’est pas plus élevé qu’en Allemagne ». Ces calculs sont justes, mais très partiels ; ils servent de slogans et véhiculent ainsi des idées fausses. Ceux qui sont sur le terrain de l’économie marchande se rendent bien compte que quelque-chose ne va pas, que la France vit au-dessus de ses moyens, avec un niveau de dépense publiques hors norme. Cela se traduit par des impôts et des charges qui asphyxient les entreprises de tous secteurs et mettent à bas leur compétitivité.

 

Quelles sont les solutions que vous préconisez dans votre livre ?

Nous n’allons pas sur ce terrain : nous n’avons pas cette prétention. Toutefois, nous pensons que, face à une situation aussi grave, toute mise en œuvre de solutions suppose un consensus largement partagé sur l’analyse de la situation ; des diagnostics qui mettent les vrais mots sur la réalité et qui permettent leur diffusion et leur compréhension de manière large. Aujourd’hui, c’est l’inverse : une poignée d’experts monopolise le débat, divisés en clans irréconciliables. Enfin et surtout, il faudrait une vision politique sur l’avenir, forte, cohérente et de long terme à laquelle puisse s’arrimer le programme des efforts à faire pour retrouver notre compétitivité.

 

Qui sont les vrais coupables dans cette affaire : l’État, les entreprises, les syndicats ou chacun d’entre nous qui refusent le changement ?

Les politiques qui n’ont pas fait les choix difficiles et exigeants qu’imposaient les changements du monde. Mais c’est nous qui les avons élus ! On a le sentiment que les Français ne veulent pas entendre les mauvaises nouvelles et…en même temps ils sont parmi les plus pessimistes et méfiants au monde ! En général, on aime bien le changement mais pour les autres c’est pour cela que nous insistons sur l’importance du consensus. Or, on le voit avec la loi Travail, il est très difficile à atteindre en France. Ce qui ne me rend pas très optimiste.

 

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