Janine PHAM : Asie et aventures

Cri

Cri

Bonjour Janine, nous sommes ravis de vous rencontrer pour cette interview rapide. Vous avez commis un très beau livre édité chez Chèvre-Feuille Etoilée que j'ai lu avec grand plaisir et intérêt.

 

 

« Cri » est-il votre premier ouvrage ?

"Cri" est mon quatrième ouvrage après "L'œil de la sorcière", "L'éléphant blessé" qui se déroule, comme "Cri" également au Cambodge durant la période des Khmers rouges pour certains chapitres et en France, terre d'exil pour l'épouse et les filles du personnage principal.

 

 

Expliquez-nous ce qui vous a motivée pour nous plonger dans cette période ?

C'est aussi difficile à expliquer qu'un coup de foudre amoureux. Néanmoins, cette période a réveillé en moi l'écho d'une autre époque que je n'ai pas vécue : en effet, quand je nais, la seconde guerre mondiale est terminée depuis quelques années, toutefois, elle est là, vivante et présente dans tous les récits familiaux du côté maternel et paternel, avec mon père résistant, les dénonciations, la maison de mon grand-père brûlée par les soldats allemands, la faim - pas la famine - les tickets de rationnement, le soldat autrichien imposé dans un logement de l'école où enseigne mon grand-père avec les siens. La période des Khmers rouges fait écho à ces souvenirs de mes parents et grands-parents. Les Khmers rouges sont le pendant des nazis et, à cet intérêt pour les périodes tourmentées que connaissent les hommes, s'ajoute une fascination pour l'Asie, sa pensée, la maîtrise - en temps ordinaire - des émotions, son organisation familiale, la beauté de l'écriture, de l'architecture et l'approche de la vie et de la connaissance par le bouddhisme.

 

Pourquoi avoir choisi de nous raconter avec tant de détails cette période dure des Khmers rouges ?

Cette période dure, cruelle et inhumaine pose la question de la civilisation, de la cruauté qui sommeille en tout être humain et qui est prête à resurgir sous un prétexte quelconque. J'ai évité les détails trop réalistes des tortures. Je voulais montrer comment une personne, parce qu'elle est convaincue que la suppression d'un "dit ennemi" va résoudre tous les problèmes et, par là, que tous les moyens sont bons pour l'éliminer. Je voulais également mettre en lumière l'incroyable capacité de nombreuses personnes à survivre. C'est en montrant avec des détails ce que les Cambodgiens ont connu que cette énergie peut être mise en exergue. Je ne pouvais le faire qu'en choisissant un pays dans lequel je me sens à l'aise - pas à l'époque de guerre - dont je connais le mode de pensée, le mode de vie et les sentiments.

 

 

Cela a-t-il nécessité pour vous de nombreuses recherches ?

Effectivement il est impossible d'écrire un tel roman sans de nombreuses recherches, de nombreux témoignages et des contacts avec des rescapés.

 

 

Vous êtes éditée aux Editions Chèvre-Feuille étoilée, comment avez-vous été remarquée par cette maison, cela a-t-il été difficile ?

J'ai adressé mon manuscrit à plusieurs éditeurs, la plupart m'ont répondu avec beaucoup d'intérêt, ont fait l'éloge détaillé de mon texte, de la qualité de l'écriture mais ne l'ont pas retenu faute d'une parfaite unanimité du comité de lecture. J'ai donc remanié le récit, je l'ai épuré, j'ai mis les numéros de chapitres en caractères khmers pour donner une idée de l'écriture. Je pense qu'à la suite de ces modifications mon ouvrage aurait pu être accepté. Mais on n'envoie pas une deuxième fois un manuscrit. La lectrice d'une maison d'édition ne connaissant ni le Cambodge ni la période des Khmers n'a pas osé se lancer malgré les qualités qu'elle a soulignées. J'ai donc demandé à une personne d'origine cambodgienne, écrivain, de lire et de rédiger une présentation de mon roman pour attester l'authenticité de l'arrière-plan historique pour mes envois ultérieurs. Les Éditions Chèvre-Feuille étoilée ont tout de suite aimé mon livre, m'ont donné quelques conseils mais n'ont pas demandé de changements importants. En effet, une maison d'édition aurait aimé que j'ajoute des précisions historiques, des dates, des noms ce que je n'ai pas souhaité.

 

Merci de nous dire si vous travaillez à un prochain ouvrage qui évoquerait de nouveau cette période et cette région d'Asie ?

Pour l'instant, je n'ai pas de projets précis mais plusieurs pistes et ébauches.

 

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