La vie d'un inventeur délirant

La vie d'un inventeur délirant

Aujourd'hui, nous recevons Yves Coffournic pour son roman autobiographique "La vie est une si belle invention".

 

 

Bonjour Yves, merci de vous présenter en quelques lignes et de nous parler de votre parcours.

Honnêtement, on a, j’ai toujours du mal à se déshabiller pour parler de soi, surtout sur le plan si particulier et intime du caractère.

Je vais donc me permettre de laisser parler Vava pour la présentation :

« Papa n’est pas seulement passionné par le bricolage, croyez-moi… je vous laisse le découvrir par vous-même.

Certains le trouvent génial, d’autres complètement allumé, bref, on essayera donc de faire une moyenne honorable si possible !

Si on le prend par le bon bout, on obtient quasiment tout de lui car il reste un humaniste forcené… et si c’est par le mauvais … Aie, ça ne le fait pas … d’autant qu’il a la tête un peu près du bonnet (voire très près)… le tout arrosé d’un poil de provoque (voire un gros poil).

Trois choses lui « font rapidement monter la chaudière en température » : l’injustice flagrante et revendiquée ; la connerie imaginative et indécrottable ; le manque de respect concernant l’intégrité de l’individu, surtout s’il s’agit de viol mais vous comprendrez bientôt pourquoi.

Une grande philosophie toute simple, voire simpliste, l’anime en permanence : « Qui risque, rien, n’a rien… » en oubliant, sciemment et/ou inconsciemment que, parfois… « Qui risque, tout, n’a plus rien du tout » !

En ce qui concerne mon parcours, le voici :

Je suis né sur la table de la salle à manger (je sais bien que cela n’intéresse personne mais je trouve ça marrant d’autant que c’est authentique) le 9 janvier 1947 en terre bretonne. Comme je suis un accident de parcours après la fin de la guerre, j’ai une différence d’âge de 11 ans avec mon frère et 13 ans avec ma sœur, ce qui fait que j’ai été élevé comme un enfant seul et vampirisé amoureusement par ma chère maman.

La révélation de l’élément féminin à 12 ans m’a permis de m’évader des jupons de ma mère car, à l’époque, on avait absolument aucune idée du comment fonctionnait le sexe opposé, du moins en ce qui me concerne.

L’école a été un grand tourment pour ma part, je m’y ennuyais à mourir, j’avais tellement besoin de bouger ou de bricoler quelque chose.

J’ai rapidement été engagé au patronage dans la section gymnastique, une autre révélation pour moi, à savoir, « le sport ».

Le sport est devenu passion au point qu’un jour où la section de gymnastique de la Garde Républicaine de Paris (GRP) est venue faire une démonstration dans le coin, j’ai décidé tout simplement d’en faire partie.

En attendant de rejoindre cette unité de mes rêves, n’ayant pas l’âge requis, j’ai quitté l’école pour faire différents tafs mais mon plus grand plaisir restait le fait de dessiner à la craie sur les trottoirs.

Je suis parti alors au service militaire en devançant l’appel en ayant la chance de me retrouver sur une base à l’armée de l’air… et au magasin d’habillement… le tout sans aucun piston !

Cette place enviée m’a permis de voyager avec les pilotes militaires à l’entraînement avec qui j’échangeais des heures de vols contre des fringues de dotation supplémentaires ; le bonheur en somme pour tout le monde… et une nouvelle passion concernant le pilotage et les sauts en parachute.

Puis je suis rentré au stage de Gendarmerie avec la seule intention de me retrouver incorporé à la section Gym de la GRP.

Ce qui fut fait.

Des années de bonheur là encore, où je ne payais plus pour faire du sport mais j’étais bien rémunéré (en plus) pour l’exercer avec de nombreuses démonstrations en France et à l’étranger avec des rencontres sublimes lors de ces déplacements.

Un seul problème résiduel demeurait : une certaine discipline militaire qui n’était absolument pas compatible avec mon tempérament car… après tout, j’étais entré en gendarmerie pour le sport… et pas autre chose. J’avais donc quelques difficultés à comprendre que je n’étais pas en colonie de vacances et que mes gradés n’étaient pas des G.O.

Suite à quoi, j’ai quitté la section Gym… pour la section acrobatie moto de la GRP.

Là encore, les premières années ont été enivrantes, puis je me suis retrouvé, encore une fois, face au mur de la discipline militaire, finalement totalement incompatible avec ma façon de vivre.

En a suivi des frustrations, puis des confrontations et, enfin, parfaitement logique en ce milieu, des punitions (je vous assure que l’on a vraiment l’impression de vivre dans un autre monde).

Je suis ainsi resté plusieurs années à vider les poubelles de mes collègues gendarmes dans la caserne où je résidais.

Durant cette période étonnante, j’ai eu un accident grave de la circulation avec ma moto personnelle.

Après plusieurs jours de comas et avec plus de deux ans de rééducation, j’en ai profité pour passer mes brevets privés, puis professionnels, avion et hélico.

Mais tout a une fin et, demeurant toujours gendarme, après mon rétablissement, j’ai dû réintégrer la section moto avec mise au placard immédiate.

Cette fois, j’ai vraiment fait ma mauvaise tête… et c’est pour peu dire.

La hiérarchie en a eu tellement assez de ma personne que j’ai été placé comme estafette, au Ministère de la Justice, pour porter les plis du ministre. De ce fait, mes gradés ne me voyaient plus et je pense que cela devait les soulager.

J’y ai attendu paisiblement ma retraite militaire tout en ayant la possibilité invraisemblable et indispensable pour moi de vaquer à toutes mes occupations extra gendarmerie (comme toujours), chouchouté par le cabinet du Garde des Sceaux à qui je ne refusais rien.

Une fois quitté l’armée, j’ai monté mon cabinet d’expertises et d’enquêtes pour les compagnies d’assurance.

Après quelques années de galère noire, les compagnies se faisant le mot, j’ai pu étoffer mon entreprise et prendre plusieurs collaborateurs, les missions se succédant les unes aux autres.

J’avais toujours en tête un projet qui était resté imprimé depuis mon grave accident de moto.

En effet, à l’époque, la rééducation n’était pas un plaisir et ceux qui ont connu le savent bien mais, à chaque séance, je n’admettais pas devoir faire du surplace en pédalant bêtement sur un aquabike en statique au fond de la piscine.

J’ai tout de suite imaginé deux flotteurs à cet aquabike et donc un appareil que j’ai naturellement appelé vélaqua (vel pour vélo, aqua pour eau).

Ainsi, beaucoup plus tard, ayant revendu mon cabinet pour une prise de retraite totale cette fois-ci, je me suis lancé « à corps perdu » dans l’aventure vélaqua.

Un simple rêve au départ devenu obsession à l’arrivée qui finit par vous dépasser rapidement.

D’autant qu’avec la maquette en bois du vélaqua, je remportais prix sur prix et de nombreux concours.

Il faut avouer qu’il était vraiment étonnant de voir avancer un aquabike sans pédale, en exécutant le mouvement de pédalage !

L’engrenage ayant pris le doigt, le reste allait suivre.

Du rêve, je suis donc passé à la dure réalité économique, technique, sociale, avec des investissements élevés en moules pour la fabrication du vélaqua et des personnes indélicates qui profitent de votre inexpérience.

Le vélaqua était bien né… mais la « petite entreprise » s’est effondrée grâce à des appareils d’origine chinoise qui cassent les uns après les autres, des collaborateurs véreux qui vendent du matériel qui n’existe même plus, la banque qui vous lâche au meilleur moment malgré ses promesses et certainement une incompétence personnelle concernant le monde des affaires.

Bref le dépôt de bilan vint finaliser cette belle aventure.

Oui mais, le vélaqua existait toujours… et il plaisait de plus en plus, constamment redemandé après sa malheureuse disparition.

J’ai donc cherché et trouvé des investisseurs-actisseurs, tombés amoureux eux-aussi du vélaqua, qui ont su reprendre le flambeau, le faire fabriquer en France comme je l’imposais et le dispatcher là où il fallait.

Distribué à ce jour un peu partout en France et à l’étranger, même si je ne suis plus détenteur du brevet, j’ai aujourd’hui la possibilité de pouvoir bientôt lancer son petit frère, encore plus fun que son aîné !

 

 

Votre roman sort bientôt, comment vous sentez-vous ?

Je vais me permettre une réponse de normand (après tout, nous sommes ici voisins) : serein et angoissé.

Serein parce que je laisse à mes enfants, petits-enfants et toutes les personnes que j’aime une sorte de documentaire-confidence vécu, comme j’aurais tant aimé que mes parents on grands parents, aujourd’hui disparus, le fassent pour pouvoir mieux les connaître, sachant qu’en qualité d’enfant ou d’ado, nous sommes trop égoïstes pour nous y intéresser.

Angoissé car on se pose la question de savoir si son égo n’a pas dépassé la capacité de son discernement.

 

Est-ce que finaliser ce roman a été aussi long que la mise en « naissance » de Vava ?

Beaucoup, beaucoup moins… et heureusement !

Même si le plaisir de créer par l’écriture ou de ses mains restent identiques pour ma part, « l’accouchement » a duré plusieurs années avec Vava et plusieurs mois pour le livre.

 

Avez-vous vous-même utilisé ce drôle de Vava ?

Très souvent autrefois avant l’arrivée de ses petits frères en PVC. De temps en temps à présent mais j’en prends beaucoup de soin et ne cherche pas trop à le solliciter sachant qu’il s’agit tout de même d’une (vieille) maquette en bois à présent… mais beaucoup plus sensuelle que tous ses congénères !

 

Vous inventez beaucoup de mots dans votre livre, n'avez-vous pas peur que cela soit perturbant pour vos lecteurs ?

Question embarrassante… J’oserais vous dire qu’ils correspondent après tout au titre du livre « La vie est une si belle invention ».

En réalité, la plupart de ces mots ne sont pas de mon invention mais le langage courant de nos ados que j’ai placés dans un petit lexique, arrangés à ma manière.

Ainsi, le seul vrai mot inventé, je pense, et auquel je tiens beaucoup d’ailleurs, est celui de « Religiophile » qui va, probablement, faire grincer quelques dents acérées.

 

Votre histoire est touchante à plus d’un titre : elle est celle d’un homme blessé, trahi mais aussi celle d’un homme que le malheur n’épargne pas. Quel message souhaitez-vous passer à vos lecteurs ?

Ne jamais, jamais baisser les bras !

De par mon père, j’ai acquis un principe de vie, bien connu mais si évident, qui a régi toute mon existence : « A toute chose malheur est bon ».

En plus, s’il y a l’amour, avec ou sans grand « A », on s’en sort en général toujours ; abîmé peut-être, malheureux peut-être, mais vivant et encore plus vaillant avec le recul et l’expérience acquise.

Sans oublier la (presque) quasi-certitude de trouver un jour, « la » ou « les » belles personnes, du moment où l’on sait rester attentif et ouvert aux autres.

 

Avez-vous d'autres projets de roman en cours ?

Pas pour l’instant mais dans le cas d’un retour positif sur cet ouvrage, j’en lancerai peut-être un autre sur les histoires invraisemblables rencontrées dans mon parcours (aussi improbable que le reste) « de détective privé » où même celles de collègues qui mériteraient franchement d’être publiées.

La vie d'un inventeur délirant
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