Arabelle Sibelle-Ardent : un regard différent sur la société

Arabelle Sibelle-Ardent : un regard différent sur la société

Bonjour Isabelle Belledant, et merci de répondre à notre interview pour nos lecteurs

 

 

Dans, votre roman, « Cet Amour-là pas, pas si simple » vous évoquez une histoire d’amour entre deux hommes et à travers cette histoire vous portez un œil sur la société. Comment vous est venue cette idée de regarder les choses ?

 

En fait, j’ai été sensibilisée à la problématique de l’acceptation de la différence par la société dans les années 85-90, durant mes études de psychologie sociale. Je me suis toujours intéressée aux rapports entre l’individu et son environnement. À l’époque, on commençait à découvrir l’homosexualité comme quelque chose de pas si marginal que cela, les homosexuels faisaient valoir leurs droits et leur existence, et commençaient à exercer ouvertement leur liberté. Quand le Sida a fait sa déferlante en France, renversant tout sur son passage. Et renouvelant de plus belle les discriminations. C’est alors qu’un couple de mes amis, dont j’avais apprécié la beauté et la sincérité de leur amour, est mort de manière horrible et foudroyante de cette maladie.

Au moment du passage de la Loi sur le Mariage pour Tous, en 2012-2013, le même phénomène s’est reproduit. Alors que l’on croyait l’homosexualité acceptée, “faisant partie des meubles”, l’homophobie a ressurgi de plus belle ; et les discriminations ainsi que les agressions sont remontées en flèche. Frappée et touchée par cette situation, j’ai voulu écrire cette histoire d’amour qui me trottait dans la tête depuis la mort de mes amis, en la situant dans ce contexte de régression sociale à l’occasion d’une volonté de progrès. Afin de montrer un amour vrai et des individus touchants aux prises avec la violence du regard de la société sur eux.

 

 

 

Pouvez-vous nous parler de l’histoire et de vos personnages ?

 

L’histoire, c’est tout d’abord celle de Sylvain, un jeune étudiant en lettres à la Sorbonne, discret et sage, qui se découvre soudain des sentiments pour un autre homme, Loïc, photographe plus âgé, sûr de lui et très séduisant, gay assumé, dont la rencontre va bouleverser la vie et son image de soi. Il va devoir apprendre à s’accepter lui-même avant de se faire accepter par les autres.

C’est donc l’histoire d’un chemin d’acceptation de soi dans un contexte difficile, à un moment où sa différence est jetée en plein figure de l’intéressé, et devient un sujet de conflit dans la société, et non plus seulement un combat personnel avec soi-même. C’était cette dualité entre combat intérieur et combat extérieur que je voulais montrer, au travers d’une histoire d’amour que je voulais belle.

 

 

Quel était votre objectif en parlant des différents points de la société (éducation, religion, etc.) ?

 

Je voulais montrer comment, quand on est confronté à la découverte de sa propre différence, on est renvoyé de tous les côtés où on pourrait chercher secours au sentiment de monstruosité. La société est bien organisée pour formater les gens dans la norme. Quand on y est, on ne s’en rend pas compte. Mais il suffit de présenter une quelconque différence par rapport à cette norme pour se voir renvoyer de tout côté une image de rejet. Y compris dans nos sociétés modernes et démocratiques. Et de se retrouver seul pour affronter cette découverte. Même l’entourage le plus bienveillant sera terriblement perturbé de découvrir qu’un de ses membres est “hors-norme”. Ce point est exprimé par le personnage de la mère de Sylvain, pourtant aimante, intelligente et seule avec son fils. Elle est ravagée et remise en question dans son rôle de mère et son éducation. Elle ne peut s’empêcher de ressentir un sentiment d’échec d’avoir fait de son fils un membre “normal” de la société.  Et Sylvain vit ce sentiment d’échec et d’épouvante de sa mère comme un violent rejet de lui-même.

Quant à la religion, c’est un élément supplémentaire de complexité pour le personnage de Sylvain. Car si une partie de la société accepte cette différence, pour la religion, celle-ci est totalement inacceptable et considérée comme monstrueuse. Sylvain ayant reçu une éducation religieuse, ne peut absolument pas chercher de secours moral de ce côté. C’est paradoxalement là où il devrait en trouver qu’on le rejette le plus.

Il s’agit du Tome 1, où en êtes-vous du second tome ?

J’avoue avoir encore plus de mal que le premier à le finaliser. Comme j’ai été très surprise de l’accueil qui a été réservé au tome 1(25 commentaires sur Amazon à 4 ou 5 étoiles, 200 téléchargements

dès le premier jour…) je suis, paradoxalement, complètement paralysée par la peur de décevoir. Je dois me battre contre moi-même pour continuer d’avancer. Il y a un moment où ça va se débloquer et où on ne pourra plus m’arrêter, comme pour le premier ; mais en attendant, je rame ! Et pourtant, j’ai bien toute la trame depuis longtemps, j’ai écrit la plupart des scènes clé, etc. Mais ça fait un an et demi que je suis dessus...

 

 

Avez-vous à l’idée un troisième tome ou est-ce encore trop loin pour y penser ?

 

Oui, tout-à-fait. En fait, dans ma tête, c’est déjà une saga qui me permettra, si j’arrive à débloquer mes peurs, d’aborder des thèmes de société délicats. Pour exemple, le troisième devrait parler de la GPA ! Et le suivant de pédophilie, de harcèlement et de réputation numérique… Ça va remuer !

En fin de compte, je ne l’aurais jamais cru, mais chaque roman est pour moi un accouchement difficile. Tant le premier que les suivants ! Pour le premier, j’avais ouvert une page Facebook qui s’appelait “j’écris mon premier roman, pas si simple ! ”, en référence au titre du roman. Ce sont d’ailleurs ses inscrits qui ont constitué mes premiers lecteurs. Je crois que je pourrais en ouvrir une autre : “j’écris mon deuxième roman, encore moins simple !” C’est un travail énorme d’écrire un roman. Ce n’est pas du tout une partie de plaisir comme on pourrait le croire. Il y a beaucoup de recherche et de "re-travail" à faire, et c’est un combat avec soi-même. Son inconscient est à la fois son allié et son meilleur ennemi. Car comme pour un acteur, il faut aller chercher au fond de soi des sentiments et émotions pour faire vivre ses personnages et les rendre attachants. Et c’est justement au fond de soi que se cachent les plus grandes résistances. Peut-être est-ce ce qui permet, quand on arrive à les surmonter, d’écrire une histoire qui touche les lecteurs…

J’espère qu’ils seront encore au rendez-vous quand je leur offrirais enfin la suite des aventures de mes deux enfants - tels que je les considère - le sensible Sylvain et le flamboyant Loïc...

 

 

Vous pouvez ajouter ce que vous souhaitez qui peut intéresser nos lecteurs. Merci

 

Beaucoup de gens se demandent, quand on écrit sur ce genre de thème, si on est concerné personnellement. Ceci a longtemps été un frein pour moi. Et quand j’ai publié, j’ai dû, bien qu’ayant pris un pseudo, affronter ces questionnements directement de la part de mon entourage et de toutes les personnes que je rencontrais ! Finalement, je me suis retrouvée dans la même position que mon personnage Sylvain, à devoir me justifier et faire mon “coming-out” d’écrivain ! Je ne suis pas homosexuelle, - et quand bien même le serais-je ?- je suis mariée et pourtant, j’ai dû me défendre des soupçons plus ou moins formulés de mes proches et lointains. C’était très gênant et très désagréable. J’avais l’impression d’avoir à laver un doute, d’avoir à m’expliquer d’avoir fait quelque chose de mal !

Et finalement, cela a justifié d’autant plus mon travail. Pourquoi avoir à s’expliquer et se justifier sur cette question ? Demande-t-on à un auteur de polars s’il est un tueur en série ? Le soupçonne-t-on seulement d’en être un ? Bien sûr que non. Il est donc encore utile d’écrire sur ce sujet. Tant qu’on aura à rendre des comptes sur cette question, c’est qu’elle ne sera pas encore banale, et donc qu’il y a encore du travail !

Le droit à la différence est encore loin d’être acquis, même si certains ont davantage obtenu d’affichage public que d’autres...

 

Arabelle Sibelle-Ardent : un regard différent sur la société
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Thème Magazine -  Hébergé par Overblog