Jean-Julien L'Azou : "Nadejda, attends moi"

"Nadejda, attends moi" de Jean-Julien L'Azou

"Nadejda, attends moi" de Jean-Julien L'Azou

Jean-Julien L’Azou a bien voulu répondre à notre question suite à la sortie de son livre : « Nadejda, attends moi ».

 

 

 

Qui/qu’est- ce qui vous a poussé écrire ce type de livre ?

 

J’ai découvert progressivement le passé et l’histoire de ma belle-famille. D’abord celle du grand-père de mon épouse, ambassadeur en Belgique dans la deuxième moitié des années 1940, celles de Batista et l’histoire d’un de ses oncles, issu d’une grande famille de la noblesse russe réfugiée en Belgique en 1919. Peu à peu j’ai commencé à m’intéresser à ces histoires familiales que je trouvais simplement passionnantes. J’ai toujours aimé l’histoire. Pendant mon adolescence, j’avais le désir de devenir professeur d’histoire et j’ai eu la chance d’avoir des professeurs qui me l’ont fait aimer. Les circonstances de la vie m’ont détourné de cette « vocation ». Mais par la lecture je me suis toujours passionné pour cette discipline. Dans ma famille je ne me lassais pas d’écouter mon père évoquer ses souvenirs de la Deuxième Guerre mondiale. Enfant j’avais vécu l’histoire en marche avec la d’Algérie, le putsch des généraux, l’OAS….

Le premier déclic a eu lieu dans les années 1985-1990. J’avais envie d’écrire et je me suis d’abord lancé dans cet espace à partir de mes souvenirs d’enfance et familiaux. Plus tard, je me suis lancé dans l’écriture d’un roman assez bref dans lequel j’avais complètement inventé mes personnages. J’ai alors compris que je pouvais aller plus loin, mais il me fallait d’abord enrichir mon écriture que je trouvais trop sèche, trop marquée par ma formation de cadre administratif. Durant ces années j’ai beaucoup lu ou relu ces auteurs que j’aimais, Chateaubriand, Malraux, Camus, ou découvert comme Kundera, puis Julien Gracq qui m’a subjugué. En 2015 enfin, disposant de beaucoup de temps, j’ai sauté le pas en publiant à compte d’auteur, le roman  « pour ne pas oublier » chez Edilivre. Cette fois je commençais à aimer mon écriture. J’étais prêt pour de nouvelles aventures.

En 2017, à l’occasion du déménagement de ma belle-mère, je suis tombé sur le journal qu’elle avait écrit en 1948 qui décrivait son long séjour à  Cuba chez son futur beau-père. Ce fut une étincelle. Je tenais enfin « mon roman ». Je l’ai écrit très vite, tant je vivais et ressentais l’atmosphère de ce voyage tourmenté que je voulais faire revivre.  J’en ai fait un roman «j’aurais tant voulu y croire » paru en 2017 chez Amalthée. 

Fort de cet immense plaisir de l’écriture, de création et aussi des bons retours de mes ami(e)s lecteurs et surtout lectrices, j’ai décidé de me lancer dans une aventure beaucoup plus difficile. L’histoire « russe » de ma belle-famille. En effet, je ne possédais en tout et pour tout qu’un résumé de la fuite de Russie de mon oncle Luc que m’avait donné son épouse, peu avant de décéder. Lui-même avait disparu depuis plusieurs années  avant et, les rares fois où je l‘avais rencontré à l’occasion de vacances communes dans la propriété de mes beaux-parents en France, je n’avais jamais osé l’interroger sur son passé dont lui-même ne parlait pas. Comme s’il fuyait cette période de sa vie. Et de toute évidence il n’encourageait pas les questions. Par mon épouse, j’avais eu quelques bribes sur son périple. Mais je restais sur ma faim. Une autre tante que nous fréquentions régulièrement m’en dit un peu plus et se proposa de jouer l’intermédiaire pour que nous puissions rencontrer la femme de Luc et parler avec elle de son mari. J’appris qu’elle se proposait finalement de préparer un court résumé de la vie de son mari au moment de la révolution d’octobre et durant la fuite de sa famille de Russie. Quelques temps plus tard elle nous fit dire qu’elle était prête à nous recevoir pour en parler avec moi. Au jour dit, nous nous rendîmes, mon épouse et moi, à son petit domicile situé en périphérie de Bruxelles. Et là, pendant deux heures, elle nous a lu, d’un débit lent et parfois hésitant, empreint d’émotion, les quatre pages qu’elle avait fait dactylographier à mon attention. Je l’écoutais religieusement, conscient du travail de recherche qu’elle avait réalisé à partir des « papiers » de son mari.  Malgré les nombreuses questions qui s’entrechoquaient en moi au fur et à mesure qu’elle lisait ce document, et devant sa fatigue, elle avait alors plus de quatre-vingt-dix ans, j’évitais de l’interrompre et me promis qu’après l’avoir lu je lui écrirai pour lui demander des précisions. Je la remerciai donc chaleureusement pour ce que je considérais comme un trésor qu’elle me remit avec une certaine tristesse. Je ne la revis pas…

Je me plongeais dans cette synthèse et là je me rendis compte qu’il s’agissait d’une véritable saga résumée en quatre pages. « Ma » famille russe avait des branches qui remontaient à de très vieilles familles nobles, jusqu’à la tsarine Elizabeth, certains des ancêtres étaient devenus gouverneurs de province, d’autres généraux, colonels, une branche directe renvoyait même à une danseuse de l’opéra de Saint-Pétersbourg dont le frère d’un tsar était tombé amoureux. J’étais à la fois émerveillé et troublé, car je ne savais comment je pouvais écrire à partir de ce fatras d’informations qui ne ferait qu’embrouiller mes futurs lecteurs.

Et puis il fallait que je clarifie mes idées sur la révolution russe, les années de guerre civile entre l’armée rouge et les armées blanches, la période de

Khrouchtchev, de la pérestroïka pendant les années 1985-1990. J’avais une folle envie qui me semblait impérative, de faire des recherches avant de me lancer. Je lus entre autres « Souvenirs » de Nadejda Teffi, « le crépuscule des tsars » de Maurice Paléologue et surtout « Russie, réformes et dictatures » de Andrei Kozovoï.

J’avais enfin les éléments structurants et essentiels de mon roman. J’ai compris qu’il fallait que je me concentre seulement sur la fuite de la Russie qui me semblait étrangement raisonner avec la période récente.

Je me suis centré sur deux personnages dont les destins vont s’interpénétrer,  lui, Luc est le fils de celui qui a fui la Russie. C’est un idéaliste qui veut à tout prix et contre son père retrouver ses racines paternelles et même les mettre en valeur. Elle c’est Nadejda, la jeune femme sur laquelle vont se concentrer les désirs et haines. Elle m’est très vite apparue comme le personnage qui allait articuler toute cette histoire et, je dois dire, qu’elle ne m’a pas déçue.

Roman d’amour d’abord, mais aussi quête de la relation entre un père et son fils, les deux constituent les axes principaux de cet ouvrage situé dans un temps, celui de l’atmosphère de vacances dans laquelle j’ai baigné dans mes années de jeunesse entre la Dordogne verdoyante et le Quercy plus austère.

Au passage, mais sans insister, on croise la grande histoire de la révolution d’octobre et surtout celle de la perestroïka, et puis celle plus proche de l’Europe qui, en 1986, est en plein développement.

 

Pour découvrir son ouvrage : https://www.lysbleueditions.com/produit/nadejda-attends-moi/

 

 

 

          

 

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